Ce que j'ai pensé de

Ce que j'ai pensé de
Des bouquins, et pas de place pour les ranger

dimanche 19 mai 2013

Paris-Brest, de Tanguy Viel aux éditions de Minuit et entrée dans le cercle des poches sous les yeux, avec Radio Béton, à Tours.


MIRACLE ! L'équipe de des poches sous les yeux a accepté ma chronique. Non seulement leurs chroniques sont super éclectiques, mais les gens qui s'en occupent sont adorables. Je vous ferai signe quand Cette chronique sera sur leur site.

Paris-Brest, de Tanguy Viel, aux éditions de Minuit.

Tanguy Viel est un menteur hors-pair. Même le titre de son roman, Paris-Brest, paru aux éditions de Minuit est une supercherie. De Paris il ne sera presque jamais question, sinon comme d'un ailleurs où le narrateur se retranche lorsqu'il n'est pas dans le livre. L'auteur mêle sans aucun scrupule des éléments de son enfance brestoise à une intrigue où l'intime et le policier se relaient pour nous tenir en haleine. On pourrait reprocher aux personnages d'être trop tranchés, mais la façon de ne pas les qualifier, de se contenter de montrer comment ils se comportent suffit à leur donner de la crédibilité, de l'épaisseur.

On est presque surpris que leurs émotions nous contaminent, comme par contagion. On ressent avec aversion les rapports de force qui permettent à l'un d'entraîner l'autre sur les chemins qu'il vaut mieux éviter, du vol de bonbons à... Non, on ne peut dévoiler l'intrigue dont la surprise et les mises en abyme sont des ressorts efficaces.

Tanguy Viel évite par sa maîtrise de la construction les deux écueils fréquents de la littérature française : l'autobiographie nombriliste, qui ne profite qu'à celui qui l'écrit, et la construction élégante, mais qui ne nous touche pas parce qu'on y sent pas le réel dans ce qu'il a de poisseux et d'inexorable.

Il y a dans ce roman assez d'action pour qu'on ne s'ennuie jamais et assez de névrose familiale pour qu'on ait envie d'y croire. Même si on sait que Tanguy Viel est un menteur Hors Pair. Parce qu'il ne parle finalement pas non plus beaucoup de Brest, même s'il ouvre le livre par ces phrases :

« Il paraît, après la guerre, tandis que Brest était en ruines, qu'un architecte audacieux proposa, tant qu'à reconstruire, que tous les habitants puissent voir la mer : on aurait construit la ville en hémicycle, augmenté la hauteur des immeubles, avancé la ville au rebord de ses plages. En quelque sorte, on aurait tout réinventé. On aurait tout réinventé, oui, s'il n'y avait pas eu quelques riches grincheux voulant récupérer leur bien, ou non pas leur bien puisque la ville était en cendres, mais l'emplacement de leurs biens. »

Par la suite, Brest est comme absente du livre, ou plutôt elle est une toile de fond, comme un décor de théâtre provincial où se jouerait un drame pourtant universel. Cette ampleur est parfois freinée par la volonté de Viel de camoufler le mensonge par une vraisemblance forcée. On aurait voulu, enfin, j'aurais voulu, qu'il évite à son narrateur les embardées vers une oralité factice, avec l'usage du disons, du donc en début de phrase, ou pire des adresses au lecteur. Et qu'il nous donne à la place une description du cercle des marins qui fasse sentir le quasi stalinisme de l'architecture du centre de Brest. La sienne pourrait avoir été faite par n'importe qui. Ou presque, car si Tanguy Viel nous ment, il le fait avec tellement d'élégance, qu'on prend un plaisir immense à faire semblant de le croire.

Vous pouvez écouter cette chronique ici sur Radio Béton dans la rubrique Des poches sous les yeux. 

BONUS : 
La bande son de cette chronique a été produite par Tomukx. Vous pouvez écouter quelques musiques de ce producteur francilien qui a mangé du Cure et du batcave au petit déjeuner et sans doute pas mal de Wax Taylor au dîner. C'est à l'adresse suivante :  http://tomuks.bandcamp.com

2 commentaires:

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