Ce que j'ai pensé de

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samedi 15 mars 2014

Prix des lecteurs du Livre de Poche, livre du mois de Février : L'unité de Ninni Holmqvist

Quelle mauvais surprise : le livre du mois dans la catégorie littérature, dans le cadre du prix des lecteurs du Livre de Poche est L'unité, de Ninni Holmqvist, et non Le Diable tout le temps de Donald RayPollock, que j'avais encensé ici.

L'Unité est la preuve qu'il ne suffit pas d'une bonne idée pour faire un bon livre. Car l'idée de départ du livre est extraordinaire. Toute personne de plus de 50 ans ne pouvant justifier de son utilité est déclarée superflue. Les superflus sont regroupés dans une Unité, dans l'attente... On craint la métaphore concentrationnaire, mais l'Unité ressemble à un immense centre commercial sous cloche, avec des magasins, des salles de sport, des clubs de peinture, et tout est accessible à chacun, gratuitement. Le paradis communiste pour tous. C'est parce que les superflus doivent se sentir bien, être en bonne santé pour pouvoir... être de bons cobayes. Chacun est tenu de participer à des expérimentations biologiques, ou de donner ses organes, le tout pour le maintien en bonne santé des autres, les nécessaires, de l'autre côté de la bulle.
Ce Soleil vert actualisé commence pourtant remarquablement bien, tout est poli, tout est rationnel, tout est terrifiant. Bienvenue en Suède.
Mais le reste s'enchaîne comme un jeu théorique. Les personnages manquent de chair (c'est un comble pour des donneurs d'organes désignés volontaires) si bien qu'on peine parfois à les distinguer. Ils ne sont là que pour porter les situations qui découlent du paradigme de départ. Si bien qu'on ne souffre pas quand ils tombent malade et qu'on les voit disparaître avec une indifférence qui finit par ressembler à de l'ennui.
Le déroulement de l'histoire est linéaire à double titre. Non seulement il n'y a qu'une histoire, et pas de chemins de traverse, mais le rythme est toujours le même. Bien-sûr on est parfois surpris par quelques événement inattendus, car Ninni Holmqvist est pleines d'idées originales, enfin, pleine d'idées, mais elles ne sont pas amenées, elles tombent là comme un cheveu sur la soupe. Pour conserver le bon taux de péripéties par pages. Au final, tout arrive trop vite, comme un vin qu'on débouche trop tôt, et on a l'impression de regarder un téléfilm. Sa nomination comme livre du mois reflète la facilité qu'on a à lire ce télélivre, elle reflète le talent de Nini Holmqvist à identifier les éléments nécessaires : de l'horreur, un peu de mummy porn, et bien sûr, faire rêver le lecteur avec des personnages qui sont tous un peu artistes, pas un blaireau dans le lot, que des gens cultivés et délicats. On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, que l'écriture soit à la hauteur de l'idée de départ, car Nini Holmqvist ouvre des pistes passionnantes. Pas seulement en termes de suspense, mais en termes d'éthique, de progrès, de société. La seule véritable surprise est la fin du livre, qui met en perspective ces question, une fin dérangeante, ouverte comme un début. C'est un avantage car tout le monde ressentira du plaisir grâce à L'unité, de Nini Holmqvist, paru au Livre de Poche, si ce n'est pas en le lisant, ce sera en le terminant.



L'Unité, de Ninni Holmqvist, 7,10 € au Livre de Poche.

Pas d'audio pour cette chronique, faut pas pousser. 

lundi 3 février 2014

Vite lu : La carte et le territoire, de Michel Houelebecq.

Vite Lu :  La carte et le territoire, de Michel Houellebecq, édité par Flammarion.

À l'occasion de sa sortie en poche chez J'ai Lu, je vous propose la petite note de lecture que je m'en étais fait à sa sortie chez Flammarion. 

À noter une excellent critique de Mélanie, d'avis totalement opposé au mien sur Des Poches Sous les Yeux, c'est ici. 


Après une dizaine de pages, je suis allé vérifié : oui, c'est bien la carte et le territoire qui a reçu le Prix Goncourt en 2010. On a beau se dire que c'est un Goncourt de rattrapage, pour faire oublier que l'académie avait laissé passer les particules élémentaires, un prix devrait couronner un livre, pas effacer les offenses qu'il a faites à un auteur.
Rien ne marche, dans la carte et le territoire. Enfin, je ne marche dans rien. Sauf le titre, qui ne serait pas même de Houellebecq. Il laisse présager une réflexion sur la représentation de la réalité, et on espère retrouver les vertigineuses prises de tête de Proust quand il discours sur les noms de pays. Mais non. Le cynisme de Houellebecq prend petit à petit le pas sur son talent, et c'est à pleurer. Parfois, il fait un effort et on se dit : mais si tout le livre avait pu être ça. Lorsque Jed Martin, le personnage principal entend son père parler vraiment, pour la première fois, il prend enfin la dimension d'un personnage entier. Mais on est à plus de la moitié du livre. Avant cela, tous les personnages sont des facettes qu'on devine chez Houellebecq, et le Houellebecq mis en scène par Houellebecq ne nous surprend pas assez pour qu'on marche à la mise en abyme. La partie enquête policière du livre est simplement gâchée. Elle commence comme un petit polar interne au reste du livre, et trouve un dénouement sans intérêt, et le cynisme de Houellebecq vire à la dénonciation niaise des méchants chirurgiens esthétique. C'est à pleurer.

À la sortie du livre, les plus enthousiastes ont acclamé la justesse de l'analyse sociologique. Mais non. Non, le name dropping et la description de quelques installations d'art contemporain ne font pas une analyse sociologique. L'ironie de la description de Jean-Pierre Pernaud ou de Begbeider est insuffisante pour faire oublier que Michel Houellebecq ne fréquente probablement que ce genre de personnes. L'évocation des montants astronomiques auxquels se vendent les rebuts des galeries ne suffit pas non plus à faire une critique sociétale. On n'apprend rien de neuf, on ne ressent rien de fort. C'est de l'usurpation. Houellebecq qui fait semblant de faire du Houellebecq. Est-ce qu'il travaillait plus pour les particules élémentaires ? Est-ce qu'il est seulement usé par la contradiction entre sa critique du système libéral et son exil fiscal, entre son cynisme affiché face à un showbiz dévoyé, et sa propre fascination pour les paillettes et les putes ? Houellebecq m'avait donné envie d'écrire il y a quinze ans, il ne me donne même plus envie de lire.



Note : J'ai lu reçoit mon prix mensuel de la couverture la plus ridicule.

TL ; DR : La carte et le territoire, de Houellebecq, a reçu un Goncourt de rattrapage. Pour moi, rien ne tient, tout tourne à vide. Reste le style, parfois. Mais d'autres ont un avis très différent. 

lundi 30 septembre 2013

Ministère des affaires étrangères : Jacques Derrida

J'ai chroniqué assez durement "Comment parler des livres que l'on n'a pas lus", parce qu’il me semblait que Pierre Bayard y survalorisait le désir de montrer sa culture au plaisir hédoniste de la lecture. Le ministère des affaires étrangères a réglé pour nous ce dilemme en permettant au génie français de parvenir jusqu'à nos petites cervelles sous la forme de condensés élégants au sein desquels la pensée d'un membre mort de l'establishment philo-littéraire est embaumée par un membre vivant ( du moins lors de la rédaction de l'opuscule). 
Ces petits bijoux m'ont été rapportés de l'ambassade du Laos par un écrivain trop discret.  

Il m'a semblé juste de commencer par l'ouvrage consacré par Michel Lisse à Jacques Derrida. En effet, j'avais une image plutôt négative de Jacques Derrida : faiseur de phrase, gonflant les mots comme un Lacan  qui voudrait se faire plus gros que le Freud, philosophe verbeux recyclant à l'infini, assez pour faire croire qu'il était l'inventeur du terme déconstruction, ou que ce terme présentait une révolution conceptuelle majeure. 

Alors qu'en fait, c'est bien, bien pire que ça.  

Michel Lisse, citant Jacques Derrida citant Heidegger, ça donne : 

"[...] si la mort est bien la possibilité de l'impossible et donc la possibilité de l'apparaître comme tel de l'impossibilité d'apparaître comme tel, l'homme, ou l'homme en tant que Dasein, n'a jamais, lui non plus rapport à la mort comme telle, seulement au périr, au décéder, à la mort de l'autre qui n'est pas l'autre."

Plus loin, c'est trop loin. J'ai encore du mal à voir le progrès par rapport à Épicure qui écrivait il y a 23 siècles : 

" Ainsi le mal qui effraie le plus, la mort, n'est rien pour nous, puisque lorsque nous existons la mort n'est pas là et lorsque la mort est là nous n'existons pas."

Je tiens l'ouvrage à disposition pour ceux qui ont envie de rigoler un peu après un dimanche à table. 

lundi 12 août 2013

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? de Pierre Bayard, aux Éditions de Minuit.

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? de Pierre Bayard, aux Éditions de Minuit.

Si l'on s'en tient au titre, le livre est une réussite, un véritable manuel de survie en environnement littérairement hostile : soirée snob avec des gens trop cultivés, discussion avec un auteur dont on n'a pas lu le livre, tentative de séduction d'une prof de lettres charmante.

La première chose que nous apprend le livre, dont le style est fluide et d'une grande clarté, est de ne pas avoir honte. Ne pas avoir honte de ne pas avoir lu, ni de le dire ; ne pas se sentir interdit d'expression à propos d'une œuvre sous prétexte qu'on ne la connaît pas. Le fond du propos est celui-ci : la frontière entre les œuvres qu'on a lues et les autres n'est pas une muraille étanche, mais une membrane poreuse. Où placer les livres qu'on a parcourus ? Et ceux dont on a vu l'adaptation cinématographique, ceux dont on a entendu parler ?


Entre les livres qui ont été écrits et ceux dont on parle s'interposent toutes sortes de livres-écrans, façonnés par nos bibliothèques intérieures et qui font de la discussion littéraire un espace de fiction, avant tout, un lieu d'expression de soi.

Mais qui lit pour parler des livres ? Le lecteur malicieux pourrait croire que l'auteur de ces lignes ne fait pas autre chose. Pourtant il me semble que ceux qui parlent bien des livres sont ceux qui ne les lisent pas pour en parler. Ceux qui tirent de la lecture du plaisir plus que de l'érudition. Parler des livres, écouter les autres en parler, permet seulement d'ôter à la lecture le principal défaut que je lui connaisse : d'être une activité solitaire. Passer du plaisir solitaire à l'échange, avec ce que cela comporte d'exhibitionnisme, bien-sûr, de voyeurisme, aussi, mais surtout d'intérêt à l'étrangeté de la vision de l'autre, est en général une marche vers un plaisir plus élevé.

On ne peut pas reprocher à Pierre Bayard d'ignorer ce plaisir de la lecture puisqu'il prévient dès la première page qu'il lui est tout à fait étranger. Mais on peut lui reprocher de revendiquer une inculture décomplexée à l'aide d'exemples exclusivement littéraires. Comme si, avec une légère pointe de suffisance, il ne clamait qu'il n'a pas lu grand-chose que parce qu'il sait que personne ne le croira. Le livre ne dissipe jamais vraiment cette ambiguïté, et plus l'auteur conceptualise son propos, moins on y sent de sincérité. On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, qu'il tire moins sur ses pénibles ficelles psychanalytiques et qu'il assume plus sa roublardise, qu'il accentue sa désinvolture plutôt que la théorisation hypocrite de celui dont l'intelligence brillante s'est trompé d'objet lors de ses études.

Je laisse le lecteur juger si cette chronique repose sur une lecture assidue de ou sur une application rigoureuse des principes exposés dans Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? de Pierre Bayard, aux Éditions de Minuit (15 €).

TM ; DR : un essai un peu démago sur la meilleure façon de paraître cultivé. Roublard, mais pas franc. 

lundi 29 juillet 2013

Le Fils, de Michel Rostain, chez Oh Editions

Ce que j'ai pensé du livre de Michel Rostain, Le Fils, paru chez Oh !Éditions.

Les livres dont le sujet est poignant prennent un peu leur lecteur en otage. Qui oserait dire qu'il trouve lamentable l'histoire d'une handicapée ou qu'il a trouvé mal écrit le témoignage d'un père qui vient de perdre son fils d'une maladie rare et foudroyante ? C'est peut-être parce que Michel Rostain ne livre pas un témoignage mais un véritable roman que j'ose enfin écrire combien son livre, le Fils, paru chez Oh ! Éditions m'a été désagréable. C'est peut-être aussi parce que j'ai perdu mon père ce mois-ci et qu'il me paraîtrait grotesque et indécent d'écrire un livre où il parlerait, à la première personne de son fils resté vivant.

Pourtant Michel Rostain choisit ce procédé pour écrire son chagrin : à travers les yeux de son fils foudroyé par une maladie rare, il se décrit en train de survivre au deuil. Bien-sûr, pour peu qu'on ne soit pas totalement dépourvu d'empathie, on comprend les motivations qui le poussent à cet artifice. Si la littérature pouvait l'impossible, qui ne l'utiliserait pas pour faire revenir ses morts ? La justification du livre est louable : aider les gens à comprendre ce que peut vivre un couple qui perd son enfant aux portes de l'âge adulte. Mais  la lecture est rendue pénible par l'impression tenace que l'auteur pense moins à celui qu'il fait parler qu'à celui dont il le fait parler, moins à son fils qu'à lui-même. Il se montre englué dans des raisonnements psychanalytiques invraisemblables, cherchant rétrospectivement des signes, du sens, désemparé parce que la mort est juste cet impensable définitif, ce bout du bout inconcevable, protégé de notre compréhension par un halo de terreur pure. C'est d'ailleurs lorsqu'il décrit la survenue de la mort que Michel Rostain sauve son livre. La description est factuelle, sèche, sobre : insoutenable. Après avoir lu ce passage, l'idée pourtant tétanisante qu'un jour nous ne serons plus est rendue presque ridicule par cette horreur indépassable du père qui voit celui à qui il a donné la vie la perdre.

C'est sans doute cette douleur trop immense qui empêche Michel Rostain de se décentrer assez pour nous parler vraiment de son fils. Il ne parvient à se détacher de lui-même que lorsqu'il parle de sa femme, de leur amie Bérangère qui les accompagnera au bout du voyage des cendres dont le passage à la douane d'un aéroport donnent au livre ses meilleures phrases :

« À Orly, les douaniers ne demandent rien au sujet de la poudre. Je n'ai plus d'odeur pour les chiens. »

On aurait aimé, enfin j'aurais aimé, que ce regard-là soit présent tout le temps. On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, que le choix du roman soit accompagné de l'impitoyable travail de la langue qu'exige le roman. Je ne suis jamais arrivé à entendre la voix d'un adulescent dans les mots de Michel Rostain, je n'entends que la sienne.

David Grossman avait livré sur le même thème le magnifique « Une femme fuyant l'annonce ». Mais c'était avant la mort de son propre fils. Après, comme si l'écriture romanesque ne suffisait plus, Grossman a eu recours au conte, à la tragédie, à l'écriture mythologique et son livre « tombé hors du temps » est encore plus intense et dérangeant. À chaque fois, l'homme s'efface au profit de la langue, du style, on entend si peu sa voix qu'on peut percevoir les battements irréguliers du cœur de ses personnages.

Mais ces livres portent pourtant le même message, celui que l'amie de Michel Rostain lui écrit lorsqu'il pense imploser sous le poids de la douleur, ce message grâce auquel écrire cette chronique aura été un exercice finalement moins difficile que de lire le livre de Michel Rostain, ce message que je garde à l'esprit aujourd'hui et auquel on peine toujours à croire lorsqu'un deuil sérieux nous attrape à la gorge, « On peut vivre avec ça ».


Ce que j'ai pensé du livre de Michel Rostain, Le Fils, paru chez Oh !Éditions. 15,90 €

TL ; DR : un livre sur la mort du fils. Très gênant car le propos devrai être poignant et on a l'impression que l'auteur parle de lui seulement, peu de son fils, beaucoup d'interprétations psychanalytiques bidons. 

lundi 24 juin 2013

Théorie du crime parfait, de Jil de Rauc, paru aux éditions Allia,

Théorie du crime parfait, de Jil de Rauc, paru aux éditions Allia, est le penchant sociologique du Harcèlement Moral, La violence perverse au quotidien, de Marie-France Hirigoyen,  paru chez Pocket.


Là où Marie-France Hirigoyen analysait le phénomène sous l'angle individuel du pervers narcissique et de sa victime, Jil de Rauc parle de maladie sociale dans laquelle la démocratie " thénardière " laisse prospérer des " usuriers du droit ", qui profitent de ce que tout ce qui n'est pas interdit est autorisé.

La violence morale est en ce sens le crime parfait : "un crime dont l'auteur et sa victime sont les seuls témoins". La formule est pertinente et montre bien que la violence morale est un frôlement des limites et jamais une agression frontale facile à qualifier. Mais l'amour des formules fait pâtir le livre de Jil de Rauc d'un excès de verbiage. Les définitions se succèdent, le raisonnement tente d'englober la violence morale du harcèlement définie comme usure du droit et la violence morale du terrorisme, définie comme usure de la liberté d'expression.
Malgré la brièveté de l'ouvrage, on finit par se demander où l'auteur veut en venir. On retrouve de l'intérêt lorsque l'auteur met en évidence que c'est parce que "la peur du désordre devance, de loin, celle de l'injustice" que le crime parfait est toléré par la société. Ainsi, la volonté des démocraties de se libérer de l'ordre moral aurait mené à une " génération sociocentrique dont nous aurions moins à redouter l'insurrection qui vient que le culte de l'autorité et de l'idolâtrie de la loi. "

Le livre de Marie-France Hirigoyen faisait sentir l'expérience de la praticienne, et si on pouvait parfois trouver que sa volonté de défendre les victimes amoindrissait l'analyse du psychisme des bureaux, la puissance des implications pratiques faisait pardonner les maladresses du livre.


Ici l'impression est inverse. La réflexion semble très théorique, et la volonté de se parer d'une objectivité pseudo-scientifique toute sociologique produit du vocabulaire abscons.  Théorie du crime parfait échoue à donner un pendant politique à la problématique individuelle du harcèlement. Le livre laisse une impression d'autosatisfaction devant une construction intellectuelle un peu branchouille (références à Cyrulnik, et Taxi Driver) mais on se sent assez peu concerné car on ne lui voit aucune déclinaison pratique pour rendre le monde meilleur. On aurait aimé, enfin j'aurais aimé, que l'auteur soit plus concerné par les implications d'une approche collective de la violence morale que par la joliesse des articulations de son raisonnement logicien. La théorie sociale du harcèlement moral reste encore à écrire. 


Théoriedu crime parfait, de Jil de Rauc, paru aux éditions Allia, 6,10 €

TL ; DR : un essai théorique sur la violence morale. Plus théorique qu'utile en tous cas, même si la notion d'usurier du droit est intéressante. 

dimanche 26 mai 2013

Piège Nuptial / Cul-de-sac de Douglas Kennedy


Ce que j'ai pensé de Piège Nuptial de Douglas Kennedy, aux éditions Pocket.

Il existe plusieurs traductions de ce livre de Douglas Kennedy. J'ai d'abord lu celle de Catherine Cheval, paru chez Folio Policier sous le titre Cul-De-Sac. Mais on trouve depuis 2008 une nouvelle traduction de Bernard Cohen, sous le titre Piège Nuptial. Je ne sais pas laquelle des deux est la plus fidèle, mais la version de Bernard Cohen atténue un peu le malaise que j'ai souvent en lisant des polards ou des séries noires : il me semble que les personnages s'expriment dans une langue qui n'existe pas, avec une truculence qui se veut populaire mais que je n'ai jamais entendue dans aucun bar de la planète (oui, je les ai tous visités sans aucune exception).

Une fois qu'on accepte ce parti-pris, Piège nuptial est le parfait petit livre de divertissement, celui qui délasse après une journée de travail, celui qu'on peut lire même en étant crevé ou malade. Un journaliste Américain échoue au nord de l'Australie qu'il veut traverser dans un combi Volkswagen antédiluvien. Et son périple commence bien puisqu'il prend en stop une hippie locale, ni finaude ni distinguée, mais pas avare de son corps un peu trop charpenté.

Le titre du livre révèle déjà que le rêve tourne au cauchemar assez rapidement lorsque le couple se retrouve dans une communauté de beatniks totalitaires (si, vraiment) perdus au milieu de nulle part. Le titre original, Dead Heart, repose d'ailleurs sur un jeu de mot avec Red Heart qui désigne ce cœur ardent de l'Australie, où la civilisation n'a jamais vraiment réussi à s'implanter. Plus le livre s'enfonce dans la tension dramatique, plus Douglas Kennedy atténue le caractère potache potache et forcé de son écriture. On aurait aimé, enfin j'aurais aimé, que le début sonne aussi vrai, même si cette impression est peut-être due à la première traduction maladroite. 

Le roman est sans surprise mais pas sans suspens, et si on tremble malgré le scénario un peu attendu, c'est parce qu'on s'attache aux personnages, même aux pires. Ils sont touchants, et malgré la bière, la baise, la bêtise et la violence on ne peut s'empêcher de comprendre que leur monstruosité n'est que le résultat de leur incapacité à se débattre dans le monde cruel qui est le leur. Le nôtre ?

Piège nuptial, de Douglas Kennedy, traduction de Bernard Cohen, disponible en Pocket à 6,70 €.