Ce que j'ai pensé de

Ce que j'ai pensé de
Des bouquins, et pas de place pour les ranger

dimanche 5 mai 2013

Indignation, de Philip Roth

Je tente de démarcher une autre radio de FERAROCK - Fédération des Radios Associatives Musiques Actuelles, à savoir Radio Béton, une radio de Tours qui a une très belle rubrique dédiée aux livres de poche, opportunément appelée Des poches sous les yeux. 

C'est plus cadré que ce que je fais pour Canal B, aussi je leur ai fait la proposition suivante, pour le livre Indignation, de Philip Roth. Souhaitez moi bonne chance !

[EDIT] : Ce poche là avait déjà été chroniqué chez Des poches sous les yeux.  Mais la chronique leur a plu, donc je fais d'autres tentatives !




Il faudrait écrire son autobiographie avant de savoir qu'elle vaut le coup d'être écrite. Après, c'est trop tard, on est vieux, les souvenirs sont loin et il vaut mieux écrire des romans. Pourtant, quand Philip Roth raconte, dans Indignation paru chez Folio, l'entrée à l'université du fils d'un boucher juif du New Jersey, chacune de ses phrases distille avec une cruelle vraisemblance la réalité plombée de l'Amérique des années cinquante. La guerre de Corée fait planer la menace d'une mobilisation, et le père de Marcus Messner en devient fou de peur. Le jeune étudiant décide de fuir la paranoïa familiale, change d'université, et les ressorts de la tragédie se mettent en place.

Philip Roth parvient à lier le destin d'une nation et la souffrance ordinaire de la sortie de l'adolescence, ce moment charnière où la découverte du désir sexuel peut broyer les plus fragiles, les faire se broyer entre eux, parce que comme sa mère le rappelle au narrateur : les gens faibles ne sont pas inoffensifs.

Dès les premières pages les phrases longues et entrecoupées happent le lecteur et le précipitent dans une plongée en apnée qui ne se termine qu'à la fin du roman...

Extrait.

« Je travaille pour gagner de l'argent », m'avait dit mon père, « depuis l'âge de dix ans. » C'était un boucher de quartier pour qui j'avais fait les livraisons à bicyclette durant toute ma scolarité, sauf pendant la saison de base-ball et les après-midi où je devais participer aux concours interscolaires en tant que membre de l'équipe des débatteurs. Disons qu'à partir du jour où j'ai quitté la boucherie – j'y avais travaillé pour lui soixante heures par semaine, entre la fin de mes études secondaires, en janvier, et la rentrée universitaire en septembre -, oui, disons qu'à partir du jour où j'ai commencé à suivre mes cours à Robert Treat, mon père a vécu dans la crainte de me voir mourir.

Nous vivons dans la même crainte et il faut toute l'empathie de Philip Roth, soutenue par un style solide mais sensible, pour supporter l'ironie impitoyable de l'Indignation écorchée d'un jeune homme perdu par l'avance qu'il avait sur son temps. Le seul regret qu'on ait lorsqu'on referme ce livre, c'est qu'Indignation appartienne au cycle Némésis, à la fin duquel Philip Roth a décidé de ne plus écrire.


Bon, je ne sais pas s'ils voudront de moi, mais si oui, ça donnerait ça en audio. 

TL ; DR : la vie d'un adolescent américain entre son départ de chez ses parents et son départ pour la guerre de Corée. L'initiation à l'absurdité sociale des universités américaines des années 50. Un style simplement parfait. 

4 commentaires:

  1. Je me rends compte avec cet article que cela fait longtemps que je l'ai lu... pourtant je l'apprécie beaucoup et c'est vraiment un grand écrivain...

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  2. Oui, il est sorti il y a trois ans chez Gallimard, et en 2012 en poche.
    Et tu vas me dire que c'est honteux, mais je crois que c'est le premier bouquin de Roth que je lise.

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  3. On aurait voulu, enfin, j'aurais voulu, lire une nouvelle chronique, Monsieur. 10 jours sans. C'est long !

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  4. C'est fait. Désolé pour ce long temps d'attente. D'autant que j'ai des trucs à poster !

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