Ce que j'ai pensé de

Ce que j'ai pensé de
Des bouquins, et pas de place pour les ranger

mercredi 4 novembre 2015

Nanowrimo


Mais qu'est ce qu'il fait ? se demande l'attachée de presse qui m'a envoyé soumission, de Michel Houellebecq, en livre audio. 


Mais qu'est ce qu'il fait, se demandent les gens des Poches sous les yeux, à qui j'ai piqué une étagère entière de livres à chroniquer, dont un petit recueil de nouvelles dans la collection du masque qui s'appelle les lumières de la ville ne s'éteignent jamais, de José Louis Bocquet. 
Mais qu'est ce qu'il fait, vous demandez-vous peut-être alors que vous attendez avec impatience de savoir s'il faut lire ou non les femmes du braconnier de Claude Pujade Renault, dans la magnifique édition Babel. 

Eh ben, j'ai lu tout ça, mais j'avions point l'temps, comme aurait dit ma grand-mère si elle n'avait pas été si distinguée (peu importe laquelle). 

J'avions point le temps parce qu'en plus de gagner ma croûte, j'ai décidé ce mois ci de participer au NaNoWriMo. Qu'est ce que c'étions que ce bordel, aurait pu demander mon fils s'il ne recevait pas une punition coroporelle à chaque faut de grammaire ? 


L'idée est décrire un livre de 50 000 mots en 30 jours. Bon, c'est pas vraiment à ma portée cette année, mais j'avais envie d'essayer, un peu comme on se lancerait dans un marathon trois jours après qu'on vous a retiré un plâtre (this one's for you, son). Et même un ultra trail, puisue la petite parenthèse en anglais était pour prévenir que les 6800 mots écrits en trois jours l'ont été en anglais. Bon, je ne ferai jamais lire le résultat à personne, que j'arrive à 50 000 mots ou pas, mais je sais que ça fera un bon entrainement, un gros défi, et une aventure rigolote. 

Il est encore temps de vous lancer, et même en français, car il y a des sous-régions. Trois jours de retard, ça se rattrape facile, vous êtes laaaarge. 

lundi 26 octobre 2015

Dale Carnegie 1 : Comment dominer le stress et les soucis

Dale Carnegie, Comment dominer le stress et les soucis, chez Flammarion
. 

l'immonde couverture française

Vous l'attendiez depuis sa sortie des rotatives américaines en 1944, How to stop worrying and start living est enfin disponible chez Flammarion sous le titre imparfaitement traduit Comment dominer le stress et les soucis. Les méthodes mises au point par Dale Carnegie, des méthodes qui ont su faire leur preuve pendant sept décennies marquées par la taylorisation du travail et des esprits, ces méthodes sont enfin à portée de votre lecture enthousiaste. 


Longtemps je me suis demandé pourquoi les auteurs de développement personnel écrivaient si mal. La réponse m'a été donnée par le blog de l'un d'entre eux : ils n'ont pas passé leur temps à apprendre à bien écrire mais à maîtriser la discipline qu'ils se proposent de nous transmettre. Il y a en réalité une autre raison, pédagogique, que Dale Carnegie applique jusqu'à l'usure du concept : la perfection n'est atteignable que par la répétition. Chaque partie annonce le nombre de sous-chapitres, comme pour  préparer les tiroirs qu'on remplira par la suite. Puis chaque chapitre commence par une historiette édifiante, où l'auteur décrit la situation qui l'a amené à formuler un principe, petit ou grand. Ce principe est ensuite illustré par des exemples impliquant un homme célèbre, si possible un président des États-Unis d'Amérique, ou un milliardaire, ou un homme d'affaire dont le nom est aujourd'hui oublié. Un exemple met enfin en scène une femme ou un homme de la vie de tous les jours, et pourquoi pas issu du public de ses
séminaires,  et il cite de temps à autre des courriers qu'il aurait reçu. Personnalisation, argument d'autorité, identification.

La version anglaise, pas chère, plus lisible
C'est insupportable. Si vous lisez l'anglais, préférez la version originale dont le niveau de langage un peu désuet et les personnalités datées de l'après guerre apportent un certain cachet. C'est insupportable, mais pas inefficace, parce que répétitif. Dale Carnegie conseille d'ailleurs de relire le livre une fois par moi, même en diagonale, pour se remémorer les astuces qu'il propose. 

Mais enfin : est-ce que ça marche ? Non. Oui. Je ne sais pas. Sur le moment, oui. Ça apporte de l'espoir. Ça montre des pistes. Et très sincèrement, si on suit ces pistes, ça marche plutôt pas mal. Mais moi, je n'ai pas réussi à tenir la distance, à relire le livre assez souvent pour que les bonnes réactions au stress deviennent des routines. Et c'est le reproche que lui feront des auteurs plus tardifs. Dale Carnegie propose des recettes, des trucs, des astuces, mais on aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, que ces martingales plongent leurs racines dans un tout, dans une vision de la vie. Et c'est ce qui fait que non, le message ne tient pas sur la distance. Petit à petit, on oublie de vivre dans des jours compartimentés, on oublie l'importance de rester occupé, on oublie que le pire est peu probable, l'importance de faire des siestes, de... Oui, la liste est longue et c'est pour ça qu'on ne retient pas tout. 
Et pourtant, oui, je crois qu'on peut lire How to stop worrying and start living avec intérêt. Parce que les histoires que racontent Dale Carnegie montrent un degré de pauvreté que nous ne rencontrons que rarement dans notre quotidien, mais dans une Amérique encore possible, et de ce contraste se dégage
un optimisme vintage qui nous met dans de bonnes dispositions pour au moins quelques semaines. Lisez comment dominer le stress et les soucis, disponible chez Flammarion, et devenez l'acteur de la construction de votre avenir radieux. Dale Carnegie, Tellement mieux !

lundi 12 octobre 2015

La Classe de neige, Emmanuel Carrère

La classe de neige est un des tous premiers romans d'Emmanuel Carrère, et on peut se le procurer chez Folio. Il parle d'un enfant qui a peur. Son père le dépose là où les autres enfants sont déjà arrivés en autocar. C'est déjà un petite pointe de honte, parce que les enfants détestent être différents des autres. Surtout Nicolas, qui fait encore, parfois, pipi au lit. Surtout Nicolas, qui en plus, a oublié son sac dans le coffre de son père. En quelques lignes, le malaise est déjà bien installé. Il ne fera que croître. D'abord à cause de l'histoire, qui prend petit à petit la piste (classe de neige, piste, humour malvenu) d'un fait divers sordide. Ensuite, parce qu'on voit la fin se profiler, et que jusqu'au bout on espère un virage sévère pour éviter la chute. Mais non. 

Bien-sûr, l'écriture de Carrère est déjà là, visuelle, limpide, classique, mais est-ce que ça méritait vraiment le prix Femina ? Finalement, le dénouement manque de surprise, et surtout, d'espoir. 
Emmanuel Carrère est un auteur important pour moi, majeur, mais il partage avec Houellebecq, un désenchantement revendiqué comme un signe de leur supérieure lucidité. 

Mais non, les gars. Vous n'avez pas découvert l'absurde de l'existence. Il y a eu Camus, Dostoievsky, et notre putain de vie de tous les jours. Bien-sûr, Carrère n'est pas Houellebecq, et il y a une retenue, une délicatesse, et même de l'affection pour les personnages. Mais dans le fond, ce que fait Carrère, dans La classe de neige, La Moustache, et même dans l'Adversaire et après, c'est de nous faire porter à nous ses angoisses à lui. Ses angoisses de type brillant qui n'a pas de problème de fin de mois, pas de problème de vocation, pas de problèmes de carrière. 

Mais quoi ? Est ce qu'on aurait aimé, enfin, est-ce que j'aurais aimé que la classe de neige se termine par un happy-end, qui nous fasse croire qu'il n'y a pas de pervers autour des cours d'école, pas de terreurs nocturnes dans le cœurs des enfants, pas de désarroi dans celui des adultes ? Sans doute pas. Mais je crois qu'il ne sert à rien de désespérer. Je crois que quand on a le talent de Carrère, son intelligence, son style, on peut s'offrir le luxe de l'espoir, et on peut l'offrir à ses lecteurs. Il ébauche ce pas de côté, avec le personnage du moniteur bienveillant. Et c'est là qu'on l'aime le plus. Comme on l'avait plus aimé dans d'autres vies que les nôtres. Parce que l'espoir, messieurs-dames, je ne parle pas de la foi imbécile, mais l'espoir, c'est ce qui fait qu'on continue de chercher, c'est ce qui fait qu'on continue de lutter. A la fin de la lecture de la Classe de neige, je me croyais fâché avec Emmanuel Carrère, trop écrivain, pas assez romancier, se contentant de nous déverser ses angoisses au lieu de les régler. Mais il faut lire la classe de neige en se rappelant qu'il a déjà vingt ans, et que depuis, Carrère a fait du chemin, et nous avec lui, et qu'il vaut mieux l'espoir un peu irritant du Royaume que la blancheur glaciale et sombre de cette Classe de Neige, parue  quand nous avions de l'espoir à revendre, et toujours disponible chez Folio. 

La chronique audio est disponible ici. 
La musique que vous entendez, là, derrière, c'est français, pas mal, non ? C'est Cry, de Rogers Moll, dont je dois la découverte à mon frangin, qu'il en soit ici remercié, poil au pied, de nez. 

lundi 5 octobre 2015

Seeker, de Jack McDevitt

Je tourne la dernière page de Seeker, de Jack McDevitt, chez Folio SF et je suis envahi par un sentiment de reconnaissance. Quand on lit un ou deux livres par semaine, parfois, c'est l'indigestion. Il y a cette étagère entière, avec des Poches français, étrangers, récents, contemporains, classiques réédités, mais rien ne va. Tout est soit trop réel, soit trop mal écrit, soit trop glauque, soit trop lent, soit trop... STOP !

Ces périodes de livres abandonnés à la page dix sont frustrantes, mais souvent ce « non, je n'ai pas envie de lire « ça », et ça, non plus, et ça, pas plus » nous fait sortir de notre zone de confort, nous amène à des livres inattendus. Je ne lis presque pas de science fiction. Souvent trop contente de ses trouvailles technologiques, pourtant vues mille fois, la science fiction néglige trop souvent l'épaisseur des personnages, elle mise tout sur le monde, l'idée, l'intelligence un peu bébête. Mais Jack Mc Devitt ne fait rien de tout ça dans Seeker. Quand il rappelle habilement que pour les protagonistes l'anglais est une langue morte, on réalise que ces humains si proches évoluent dans un futur qui n'aura jamais lieu. Seeker, c'est le nom d'un vaisseau, utilisé par des terriens déçus de leur civilisation, pour aller coloniser un autre monde habitable, ou prétendu tel. Neuf mille ans plus tard, Alex Benedict, antiquaire, pilleur de sites archéologiques, et sa pilote Chase Kolpath se retrouvent par hasard sur la trace du Seeker. 

Bon, on a le droit aux sauts quantiques, à la vitesse supraliminique, les téléphones portables s'appellent des linkers,  pour les armes, ce sera des brouilleurs : on aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, un peu plus d'originalité dans la vision du futur. Mais c'est plutôt bien écrit, et surtout, le couple Benedict-Kolpath est intéressant, crédible, attachant. Alors on continue. L'intrigue un peu policière qui s'y greffe n'apporte pas grand-chose, et j'ai même craint que le roman ne s'éteigne plutôt qu'il ne se termine. Mais il faut se méfier des astres qui s'endorment, comme la naine brune dont l'attraction fait pivoter le roman. La fin est vertigineuse, les échelles d'espace et de temps, s'étirent de façon astucieuse, et la réflexion philosophique qui se déploie ne tranche rien, elle nous ramène à nous. À cette myopie spatio-temporelle : nous croyons toujours être à un point culminant de l'histoire, mais la civilisation, l'évolution des sociétés humaines sont des battements de cœur, les contractions suivent les relâchements, les âges de fer suivent des âges d'or, comme des marées contre lesquelles on aimerait que la raison puisse lutter. En nous montrant sur quoi butte un futur qui aurait trouvé le moyen d'explorer d'autres mondes habitables, Jack McDevitt, nous rappelle que l'enjeu est toujours humain, il est toujours ici, toujours maintenant : comment être heureux les uns avec les autres ? Si on ne sait pas faire ça sur notre planète, on ne saura pas sur une autre. Bon, modestement, cette semaine, par exemple lisez  Seeker, de Jack McDevitt, paru chez Folio SF, pour découvrir un autre monde qui aide à être heureux dans celui-ci. 

Pour une fois, j'avais réservé l'exclusivite de la diffusion à Des poches sous les yeux, vous pouvez donc retrouver l'audio ici.

lundi 14 septembre 2015

On est foutus, on pense trop !

On est foutus, on pense trop ! C'est par ce livre de Serge Marquis que j'ai commencé ma série de lectures « bien-être et développement personnel ». J'étais dans ma voiture, sur le parking du supermarché. J'avais rendez-vous. Pour aller acheter une salade industrielle qu'on partagerait avec un ami, assis sur un banc en plastique en forme de canapé. Serge Marquis passait à la radio. Je ne voulais pas faire attendre mon pote, mais le discours : on est foutus, on pense trop, me paraissait bien intéressant. Sans gluten ni laitage il n'y avait pas grand-chose, alors au rayon salade, j'ai pris une salade de riz au thon et le livre de Serge Marquis en espérant que ce serait moins salade. 

Le sous-titre du livre est : Comment se libérer de Pensouillard le hamster. Sur la couverture, un hamster jovial court dans une roue. A l'intérieur, pour lui, c'était moins rose. Parce que ce hamster, c'est notre ego. Et il n'a que lui-même comme raison de vivre. De là découlent toutes nos frustrations, tous nos problèmes. On s'énerve parce que comme on écoute notre ego, on considère qu'on a droit à des choses. On s'inquiète parce que comme on écoute notre ego, on a peur de disparaître si on n'est plus aimé, remarqué, valorisé. « C'est la peur de notre Pensouillard qui fait naître ces tempêtes sous notre crâne. »

La pensée intéressante du livre, c'est de mettre en évidence la tendance qu'on a de s'identifier à notre ego. L'ego peut-être attaqué augmenté, diminué. Donc, si on s'identifie à lui, on est en danger. Serge Marquis nous rappelle que nous ne sommes pas notre ego. Et il nous propose d'apprendre à passer de l'activité mentale-ego à l'activité mentale conscience. Se défaire du jugement, de la personnalisation, de la réflexion automatique, être dans le ressenti, laisser venir. Rien de nouveau, on réinvente ça sans cesse, le Yoga, le Tai-Chi, le Qi Qong, plus récemment le Vittoz ou la méditation de pleine conscience. Le skateboard. Mais si on réinvente sans cesse ce truc-là, c'est sans doute qu'on l'oublie sans cesse alors qu'on en a besoin. Pour faire décroître l'ego, il faut respirer, prendre de la distance, pratiquer la méditation. 

Bien, mais quelque chose cloche. D'abord, parce que pour quelqu'un qui prône l'effacement de l'ego, la décroissance personnelle, Serge Marquis est assez présent, trop. Ensuite, c'est le ton qui pêche. Est-ce une différence culturelle avec nos cousins québecois ? J'avais une BD d'Achille Talon quand j'étais petit, où il se vantait après avoir gagné le concours du voisin le plus modeste. J'ai eu un peu la même impression. A force de taper sur Pensouillard, ses pensouillures, sur le gros-ego, le livre donne une impression un peu revancharde assez désagréable. On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, un peu plus de détachement. 

Et surtout, quinze jours après avoir lu le livre, je l'avais oublié, il n'avait laissé aucune trace ni dans ma mémoire, ni dans mes comportements. En le relisant pour écrire cette chronique, je revois pleine de bonnes choses surlignées mais aussi plein de procédés de manipulation du lecteur, de simplifications, plein d'affirmations qui sont indiscutables, mais qui n'ont pas eu d'impact sur ma vie à la première lecture. C'est comme une chanson dont on aimerait les paroles sans pouvoir les retenir parce que la musique est désagréable. 

Ce qu'il faut en retenir, si on oublie la musique :

C'est le rongeur (l'ego) qui se sent menacé, non qui vous êtes vraiment. Celui-ci n'est jamais menacé.

La décroissance personnelle peut s'approcher par l'attention au sensible, l'usage des sens seuls. Pouvez-vous regarder un visage sans le commenter ?

La quatrième de couverture vante une approche à la fois divertissante et libératrice. En fait, à vouloir faire croire que tout est facile (pour vendre plus de livre?) on ne va pas bien profond, et pas grand-chose ne change. 


lundi 31 août 2015

Sheila Levine est morte et vit à New-York, de Gail Parent

SheilaLevine est morte et vit à New York. Le titre du roman de Gail Parent, paru chez Rivages poche, laisse croire à une fantaisie morbide, un truc un peu "Famille Adams". Mais dès les premières pages, on comprend que sera plus classique. Sheila Levine a décidé de mettre fin à ses jours. Vous allez voir que le livre, ça va être des flashbacks. Il faut un peu de persévérance pour entrer dans le roman, parce que Sheila n'est pas très sympathique. Petite juive new-yorkaise qui trouve son visage trop typé, ses cheveux trop frisés, et que sa mère a forcée à manger quand elle était enfant, Sheila Levine n'avait qu'un rêve dans la vie, et encore, même pas le sien. Celui de sa mère. Se marier avec un juif gentil et si possible ni laid ni pauvre. Sheila fait des études d'art pour ne pas se retrouver à taper à la machine dans un bureau où le cousin d'un ami d'un oncle l'aura envoyée. Elle échoue dans une maison de disques pour enfants, grâce à l'entremise du cousin d'un ami d'un oncle, et on lui demande surtout de taper à la machine. À la machine ? On s'attendait à Bridget Jones chez les juifs new-yorkais et on réalise que le livre est sorti pour la première fois en 1974, et qu'on en est déjà à la 4ème édition française. Malheureusement, l'écriture aussi a un peu vieilli. Plus que la réalité qu'elle dépeint d'ailleurs. Aujourd'hui encore, des copines trouvent des amoureux, les plaquent, en trouvent d'autres, aujourd'hui encore la copine moche déprime pendant que ses colocataires s'envoient en l'air, mais on l'emballerait dans une comédie romantique rythmée où Sheila Levine resterait positive et amusante. Elle n'y arrive pas, elle n'arrive même pas à se débarrasser de ce clampin mollasson, sale et triste, qui ne veut pas se marier. Elle ne croit pas à sa vie autrement parce qu'on ne lui a pas appris à l'imaginer. Il y a des bons mots, on sourit parfois, mais on aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, qu'on s'ennuie un peu moins. Mais c'est peut-être aussi parce que le public cible est plutôt féminin ?

Et pourtant. Plus je lis, et plus je suis convaincu qu'il y a beaucoup de livres imparfaits qui méritent d'être lus et beaucoup de bons livres qui ne nous apprennent rien. J'ai sauté un paragraphe ou deux. Ou trois. Et pourtant. Il m'a fallu cet ennui, il m'a fallu pester à voir Sheila Levine faire tous les mauvais choix pour comprendre à quel point il est douloureux de ne pas être jolie. Douloureux de ne pas être désirée.

Et Pourtant. Ce que montre le livre, et à mon avis de façon plutôt involontaire, c'est qu'il n'est pas question d'être ou de ne pas être désirée, mais de se faire ou de ne pas se faire désirer, tel(le) qu'on est. Sheila se trompe de désir. Elle veut être blonde, fine, grande, et elle veut le désir des autres, elle veut être ce qu'elle n'est pas, au lieu de vouloir être heureuse telle qu'elle est, telle qu'on pourrait la désirer si elle cessait de se plaindre, de se cacher, de se vouloir autre. C'est là que la forme du livre prend son sens : une lettre de suicide, c'est toujours, plus ou moins, une lettre aux parents. Ah vous vouliez que je vive, que je mange et que je me marie, et parce que vous m'avez fait trop manger je ne me marierai pas et je vais me tuer. Et ça fiche la trouille, en tant que parent, de se demander comment on fait pour donner aux enfants les moyens de se connaître, de consentir à ce qu'on est et de chercher de toutes ses forces la joie avec ce qu'on est. Bref, lire Sheila Levine est morte et vit à New-York, de Gail Parent, aux éditions Rivages Poches, donne envie de faire non comme son héroïne mais bien comme son lecteur : ne pas attendre la fin du livre pour apprendre à en profiter.  

EDIT : l'audio est là, uploadé du portable. Victoire de la 3G. 

lundi 6 juillet 2015

Interview brestoise

Pas de chronique ce lundi. 

Ce n'est pas faute de lire. Mais trop de  changements. D'appartement (pas encore un nouveau mais déjà presque plus d'ancien). De ville. De vie : d'amoureuse mais un nouveau job. Ce qui ne change pas : de la route, de la route...

A la place, voici une interview, qui fait suite à une lecture-débat au Mouton à cinq pattes.
Bien-sûr on aurait aimé, enfin j'aurais aimé, vous raconter par le détail l'accueil merveilleux de Claire et Virginie. Mais aussi comment parfois, le brestois, comme le gremlin, se transforme après une certaine heure. A cette différence près qu'il faut éviter de donner de l'eau aux gremlins alors que la transformation au comptoir, si elle venait bien d 'un excès de verres ne venait pas d'un excès d'eau... Mon fiston qui colorie pendant que papa joue les vedettes, les amis, qui vident leur porte-monnaie pour que la pile de livres commandés par La petite librairie. 

Et l'angoisse de l'auteur inexpérimenté (ça y est, je parle de moi à la 3ème) qui doit trouver la dédicace personnelle en moins de six secondes pendant que le lecteur, avec qui il avait fait ses études il y a 15 ans,  le regarde attentivement : " vas-y, t'es écrivain, vas-y trouve des phrases, et pas du tout cuit, hein, trouve la dédicace, parce que sinon, hein, la prochaine fois, je mets mes 17 euros dans le dernier Amélie Nothomb..."

Mais hélas, 50 pages à lire pour demain. Et si vous pensiez après avoir lu Dostoievski (chronique bientôt, je l'ai relu... Aïe, bobo la tête) que vous aviez atteint le summum du profond, du tordu, de l'incompréhensible, croyez moi, c'est pire. 

Merci donc, au Mouton à cinq pattes, à Claire et Virginie, à celles et ceux qui sont venus me soutenir, qui m'ont logé, ont partagé le barbecue, et à Nathalie qui a préparé l'interview pour le poulailler. 

C'est là !