Ce que j'ai pensé de

Ce que j'ai pensé de
Des bouquins, et pas de place pour les ranger

mardi 23 mai 2017

Le nouveau nom, Elena Ferrante (l'aime prodigieuse tome 2)

Le nouveau nom, d'Elena Ferrante,disponible en poche chez Folio,  et en audio book dans la collection Ecoutez Lire,  est la suite de L'amie prodigieuse, qui racontait l'enfance d'Elena Greco, la narratrice, et de son amie Lila Cerrulo, deux gamines d'un quartier pauvre de Naples au début des années cinquante. 

Lila, la fille du cordonnier, l'amie prodigieuse, on dirait aujourd'hui la surdouée, s'est mariée avec Stefano, le fils d'un mafieux qui terrorisait jadis le quartier. Elle vit dans un nouvel appartement, travaille dans une nouvelle boutique, se promène avec un nouveau nom. Mais elle a abandonné ce rêve qu'elle et Elena partageaient : écrire, devenir riche, oui, mais en écrivant. Elena, elle, est devenue une lycéenne modèle. En tous cas c'est le rôle qui lui permet de conquérir son autonomie, de sortir du quartier. 

Peut-on jamais sortir du quartier ? Sans se trahir ? Sans trahir ses amitiés d'enfance ? Elena Ferrante n'apporte pas de réponse, elle décrit des itinéraires, des mécanismes, et on comprend si bien les motivations de chacun qu'on ne peut s'empêcher de s'attacher à tout le monde. Stefano, qui croit pouvoir acheter Lila, qui la trahit, qui essaie de la soumettre, on devrait le détester. Les frères Solara, usuriers, affairistes, qui tiennent le quartier tout entier, on devrait les détester. Mais on n'y arrive pas. Parce qu'Elena Ferrante met en évidence les mécanismes qui les poussent à faire ce qu'ils font, ces mécanismes qui nous pousseraient à faire comme eux dans la même situation. Et cette narratrice, qui nous raconte ces vies incroyables, on devrait être, toujours, de son côté. Mais Elena Ferrante s'offre le luxe d'un personnage complexe, vraisemblable, dont le corps et les désirs sont des énigmes jusque pour elle-même. 
Bien-sûr, on aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, qu'il n'y ait pas une année entière entre chaque parution, parce qu'il faut parfois un effort pour se souvenir des alliances, des liens familiaux, des histoires de la myriade de personnages du livre… Mais n'est-ce pas aussi le cas dans nos vies réelles ? 

Dans la collection Écoutez lire, Marina Moncade prête sa voix à la narratrice avec une retenue parfaite, et On termine ce volume comme le précédent : enragé par la fin abrupte qui nous prive de la présence familière d'Elena, de Lila et de la langue à la fois classique et audacieuse avec laquelle Elena Ferrante nous décrit leur histoire. 

En attendant de lire celle qui fuit et celle qui reste, déjà paru chez Gallimard et qu'on peut espérer en poche l'an prochain, on ne peut que lire et relire le nouveau nom, le second tome de la saga d'Elena Ferrante, disponible en poche chez Folio. 

Pour l'audio, qui est ici, j'ai utilisé le même fond sonore que pour le premier tome, dont la critique est disponible ici.

lundi 24 avril 2017

La cache, de Christophe Boltanski

Il commence La cache en parlant d'eux avec un pronom. Christophe Boltanski ne nous dit pas tout de suite que ce récit, disponible chez Folio, est celui de ses grand-parents, ni qu'ils s'appellent Marie-Élise et Etienne. 

C'est que l'auteur construit son livre comme une partie de Cluedo familial. Chaque chapitre révèle une pièce de l'hôtel particulier où ils vécurent, et une facette de la famille Boltanski. Ici, on n'est pas chez les Malaussène, où tout n'est que joie et originalité assumée. Ici, le monde est dangereux, et tout est prétexte à se faire une coquille. La fiat 500, équipée de manière à ce que Marie-Élise puisse la conduire, malgré ses membres atrophiés. La cache, bien-sûr, où se recroquevillera Étienne, mais aussi le grenier, domaine de l'oncle plasticien, et la salle de bain, qu'on délaisse trop souvent dans cette tribu un peu cracra à force d'être recluse. 

Deux arrachements se consolident à l'intérieur de ces coquilles multiples. L'arrachement d'Étienne Boltanski, un arrachement de fils d'immigré, dont la mère russe, juive, donne des versions souvent différentes d'une histoire qu'on ne parvient pas à reconstituer. Et l'arrachement de Marie-Élise, adoptée sans pour autant être orpheline  par une dame patronnesse bretonne, bigote mais féministe, et qui l'appelle Myriam, comme par un écho anticipé du judaïsme des Boltanskis. Il faudrait dire LES arrachements de Marie-Elise, car la polyo, dont elle ne parle jamais, l'a arrachée à son corps et l'a laissée souffrante et claudiquante.

Le problème c'est que le livre aussi est un peu claudiquant : le procédé qui découpe le récit en une succession de pièces coupe l'élan, casse le point de vue et on aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, sentir dans l'écriture cette énergie, cette exubérance joyeuse dont l'auteur parle un peu, mais sans parvenir à nous la transmettre vraiment. Comme s'il hésitait à nous faire entrer rue de Grenelle, comme s'il avait encore un peu peur qu'on juge les Boltanskis, alors que son père Luc est un sociologue reconnu, que Christian est un plasticien côté, Jean-Elie un linguiste respecté, et que lui-même est journaliste bien en place au Nouvel Observateur. On ressent une prudence dans cette écriture, qui pose la question de savoir ce que Boltanski pense des Boltanskis. Une prudence qui laisse penser que la sensibilité, même bien après l'occupation, même bien après la réussite, même bien après l'intégration sociale, que la sensibilité extrême à l'origine de tant de réussites, cette sensibilité a toujours besoins de caches, de coquilles, contre l'abrasion du conformisme des esprits étriqués dont le climat actuel de la France nous rappelle qu'ils sont toujours en embuscade. 

Voilà-voilà, pour une chronique aussi objective que possible. Mais je ne peux pas reprocher à Boltanski sa prudence et faire comme si La cache était pour moi un livre comme les autres. Comme si mon père n'était pas un fils d'immigré russe. Comme si ma mère n'avait pas elle-même été élevée entre la Bretagne et un hôtel particulier de la rue de l'Assomption où une autre cache avait abrité d'autres juifs. Comme si les rites familiaux ne m'avaient pas à la fois protégé et extrait d'une existence sociale, dans laquelle il m'a toujours fallu, et dans laquelle il me faudra toujours, des coquilles pour éviter d'être broyé. Comme si ma sœur comédienne, ma sœur médecin, comme si mon frère ingénieur et haut fonctionnaire, n'étaient pas eux aussi les produits tragiquement réussis de la rencontre entre une âme slave fantasque et déracinée, et une bourgeoisie capable d'une certaine révolte contre elle-même. 

Dans La cache, disponible chez Folio, Christophe Boltanski, raconte l'histoire, les histoires de sa famille, de la mienne, et de tant d'autres, une histoire de ces familles dysfonctionnelles, dans lesquelles on est à la fois plus heureux et plus malheureux, mais toujours plus créatifs que dans les familles sans histoire. 

Pour la chronique audio que vous pouvez trouver ici, j'ai mis un titre d'un groupe russe de la fin des années 90, Dolphin. Et ça me fait me sentir vieux, tellement.

mercredi 22 mars 2017

Diego Gary, S ou l'espérance de vie


S. Ou l'espérance de vie, de Diego Gary est paru chez Gallimard et disponible en Folio. Souvent, les auteurs accusent les éditeurs d'être cyniques et de manquer de bienveillance lorsqu'ils refusent leur manuscrit. Il y a un certain cynisme et un manque certain de bienveillance à avoir publié le livre de Diego Gary en l'état. 
On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, compatir à la difficulté qu'il y a à être le fils de Romain Gary, la figure tutélaire et écrasante et de Jean Seberg, l'actrice fulgurante et fragile, mais S. ou l'espérance de vie est un livre qu'il est difficile d'aimer. L'auteur y endosse deux identités, sans qu'on puisse voir ce que ce dédoublement apporte réellement au récit. 

Il y a une volonté de faire littérature qui manque simplement de naturel, et on attend sans cesse que l'auteur prenne enfin le risque de raconter son histoire, sans détour, ses souffrances, la façon dont il les surmonte et devient qui il est vraiment. 

Les moments du livre qu'on parvient à aimer sont ceux où il semble baisser la garde, où il raconte  comment son père lui dit : " tu sais, un jour, elle ne se ratera pas" juste après que sa mère eut tenté de mettre fin à ses jours. Ou quand il décrit leurs rapports affectueux mais distants. On aime aussi les quelques moments où l'auteur regarde autour, et décrit Barcelone, on aime aussi quand il se souvient de l'Amérique avec des yeux d'enfant de huit ans. On parvient parfois à entrevoir les femmes qui sauvent presque, et jamais tout à fait le narrateur. Elles doivent toujours choisir entre se perdre et le perdre, et Diego Gary choisit de perdre le lecteur. 

Un éditeur bienveillant aurait vu l'incroyable histoire que Diego Gary essaye de raconter et il l'aurait aidé à transmettre l'incroyable lutte qu'il faut mener pour exister quand on est, jusqu'à la fin des temps, le rappel de qui ses parents furent. Quand on est consumé par l'envie d'écrire et que la flamme est soufflée avant d'être allumée par l'insoutenable comparaison avec un père deux fois fois goncourisé. Un éditeur aurait aidé Diego Gary à sortir ses femmes de cette brume de culpabilité d'où il décrit trop les cunnilingus et trop peu celles qui les reçoivent.  

Je mesure que c'est presque indécent, de la part d'un chroniqueur amateur, mais je crois qu'aucun éditeur n'aurait laissé un auteur, avec une telle histoire mais un autre patronyme sortir ce livre en l'état. Il l'aurait accompagné, il l'aurait accouché de ce que ce livre aurait dû être. On ne laisse pas quelqu'un rencontrer la famille de ses rêves avec une cravate de travers.

Que Diego Gary me pardonne, que ceux qui ont été plus sensibles que moi à la forme du livre me pardonnent, mais il me semble que S. ou l'espérance de vie, disponible chez Folio, est un livre inachevé, qui ne rend pas service à la sincérité et au courage de son auteur. 

Pour ceux qui veulent l'écouter, c'est en audio ici.

mardi 14 février 2017

Cher Jupiter, d'Isaac Asimov

Cher Jupiter est un recueil de nouvelles d'Isaac Asimov paru chez Folio Science Fiction, et c'est exactement le genre de livres que j'adore. 

Pourtant, la qualité des nouvelles est un peu inégale. Certaines sont datées, alors que d'autres annoncent nos angoisses actuelles, sur la démographie, la biodiversité, la nature belliqueuse de l'humain. A chaque fois, Isaac Asimov écrit les choses les plus extraordinaires avec un style simple, direct, qui nous fait sentir que ce qui est impensable pour nous est le quotidien des héros de ses histoires. 
Mais ce qu'il y a de formidable dans ce recueil, c'est ce qu'on trouve entre ces nouvelles. Asimov décrit les conditions dans lesquelles chacune a été écrite, à quel journal il l'a envoyée, quelle réflexion a eue l'éditeur qui l'a acceptée. 

On y découvre un auteur pas toujours sympathique, un peu trop sûr de lui, mais d'une sincérité totale, avec un sens de l'humour qui nous fait lui pardonner le fait qu'il ne se prenne pas pour son logarithme. 

Du coup, tous les grands thèmes sont abordés. Les grands thèmes de la science fiction, d'abord. Le voyage dans le temps, les sauts dans l'espace, les inépuisables sources d'énergie, l'ordinateur omniscient, la terre comme sanctuaire, la terre comme relique, les humains comme hôtes de parasites intersidéraux. 

Mais aussi les thèmes de la vie d'un homme, de la vie d'un écrivain. Le premier poste, la première femme, le premier appartement, la peur de ne plus pouvoir à écrire, le couple qui bat de l'aile. Sans en avoir l'air, Asimov nous révèle beaucoup de chose qu'on aimerait, enfin que j'aimerais que nos écrivains préférés nous dévoilent. 

Sous un air de petit recueil inoffensif de textes plutôt mineurs d'Isaac Asimov, Cher Jupiter, disponible chez Folio, est un document passionnant sur l'écrivain, sur l'écriture de science fiction et sur l'Amérique des années 50 à 70. 

Pour l'audio, j'ai choisi Intergalactica des Beastie Boys. 

mardi 10 janvier 2017

À quoi rêvent les garçons. Mark Twain.

A quoi rêvent les garçons c'est Mark Twain qui raconte son expérience d'apprenti pilote sur le Mississippi. Le concept de la collection Folio 2€, c'est de découper les œuvres de grands écrivains, et de vendre des morceaux prédigérés aux lecteurs paresseux ou fauchés: on instaure en deux deux fastoche l'impôt sur l'argent de poche. Oui mais voilà, au-delà du concept, il y a des gens qui font bien leur boulot. Vraiment bien, parce que ce petit bouquin en apparence inoffensif m'a fait l'effet d'un shoot littéraire. Comme pas mal d'autres titres de la collection, d'ailleurs. 
En un peu moins de 100 pages, Mark Twain fait passer nos vies pour des choses monotones, sages, et pour tout dire timorées. Enfant, Samuel Clemens veut devenir le pilote d'un des bateaux à vapeurs qui descendent et remontent inlassablement le Mississippi. Il écrit : « Nous ne pouvions pas nous engager dans la batellerie ; du moins nos parents ne nous y autorisaient-ils pas. C'est pourquoi, un peu plus tard, j'ai quitté la maison. J'ai dit que je ne reviendrai pas avant d'être devenu pilote et de pouvoir faire un retour glorieux ». 
C'est ça, le style de Mark Twain. Pas seulement littéraire. Imaginez, un gamin de quinze ans que rien ne retient en arrière. Je veux être pilote. Rien de plus n'est dit sur la famille qu'il quitte. Il y a déjà une dureté invraisemblable. Et pourtant, Mark
Twain ne fanfaronne pas, il raconte avant tout les taloches qu'il reçoit quand il oublie qu'il y a ici un haut fond, là un couloir, plus loin un repère sur la berge, et cet arbre qui indique où il faut tourner. Il apprend le fleuve comme on apprend à lire, c'est lui qui fait ce parallèle, sauf que les phrases du livre changent à chaque fois qu'on les déchiffre.

Mais une fois qu'il a su lire le fleuve, qu'il a mesuré l'étendue et la puissance de ce savoir si durement acquis, il n'a qu'un seul regret : le fleuve n'a plus de poésie, pour lui. C'est peut-être pour pour la retrouver qu'il s'est mis à écrire. Une poésie brute, sans chichis, issue de la boue des rives du Mississippi, celle qui portera les immortelles aventures de Tom Sawyer et d'Huckleberry Finn.  
Ce style de Mark Twain, c'est l'Amérique, c'est le style de gens qui quittent leur famille sans se retourner. Il fait entendre ces vies de travailleurs durs, farouches, roublards, et on entend la voix des sondeurs, à l'avant du vapeur. Mark Three ! Trois Brasses de fonds. Mark Twain, deux brasses. Ce n'est qu'après avoir réussi son rêve, celui d'être pilote, que Samuel Clemens choisi ce cri comme nom : Mark Twain. 

On aimerait, enfin, j'aimerais, avoir cette détermination, cette persévérance, avoir une vie aussi aventureuse, on aimerait, j'aimerais tellement, avoir ce style direct et beau. Ce à quoi je rêve, c'est de savoir écrire comme Mark Twain dans À quoi rêvent les garçons, disponible dans la collection Folio 2€



L'audio est et c'est Jimmy de Moriarty qui sert de fond sonore. 

mardi 29 novembre 2016

Un truc marrant qui montre que je suis neuneu.

Un truc marrant. Quand je fais des chroniques, je fais un brouillon, je laisse une nuit, je le retouche, puis je l'enregistre, et en général je le retouche encore un peu, et puis voilà. Après, je fais un peu de montage, j'exporte, puis je crée l'article sur le blog. Et au moment de le publier, la plateforme (blogspot, en l'occurrence) me propose d'en faire la promotion sur Google+. J'oublie à chaque fois qu'il y a ce truc à écrire,(oui, je sais, si je publiais plus souvent...) et je rédige à chaud ce que je crois être un petit résumé. Qui en général n'a rien à voir avec la chronique, est plus naturel, plus simple, plus juste. Je me dis alors que ma chronique est sur-écrite, merdique, pédante, et que je devrais écrire comme pour ces petits résumés, qui ne cherchent pas à être malins et tout. 

Et puis je vais me coucher parce que je suis crevé, et à la chronique suivante, ça recommence. 

Que vivre te soit bonheur ! Omar Khayyâm

Que vivre te soit bonheur est un recueil de 101 poèmes d'Omar Khayyâm choisis pour la collection Folio Sagesses. Sagesses vraiment ? Omar Khayyâm fait l'apologie du vin, des femmes, d'un hédonisme qu'on peine à croire sorti de la Perse du onzième siècle. 

Je ne sais pas si mon âme par celui qui m'a pétri
Est abandonnées aux flammes ou promise au paradis
Un verre, une belle, un luth dans quelque jardin : à moi
Ces trois bonheurs au comptant, à toi, le paradis, mais à crédit. 

Ne vous fiez pas à l'apparente légèreté de la forme. Quatre siècles avant Ronsard, le même détachement, la même métaphore pour nous rappeler que le temps passe. Ces roses dont le zéphyr froisse la robe de soie… Les belles, l'alcool, la musique… Seulement ? Non, les belles, l'alcool, la musique pour supporter l'absurde. L'absurde tient en deux vers :

Avant notre venue, rien ne manquait à  l'univers ;
Après notre heure dernière, rien non plus ne manquera. 

Ce désespoir lui fait voir le ciel comme un bol, posé à l'envers sur les hommes, qui, aussi sages soient-ils, ne sont qu'agonisants. Les exégètes me jetteront la pierre, mais il me semble qu'une partie de la douce noirceur de Khayyâm a les couleurs du lendemain d'ivresse… Pourtant, au fil du recueil, le libertin avant l'heure, armé du bon sens d'un savant de son temps, délivre une leçon d'humanisme simple :

Laisse toutes dévotions dues ou surérogatoires :
Mais de ta bouchée de pain, ne sois ni jaloux, ni avare,
À nul cœur ne cause de peine, ni par ta langue ni par ton fait,
Et de ton salut je fais mon affaire. Verse à boire !

La Sagesse, alors, de Khayyâm a sans doute été de ne jamais publier ses poèmes. Ils n'ont émergé que plusieurs décennies après sa mort. Pourtant, certains vers laissent penser que sa discrétion devait être relative :

Khayyâm est un gibier d'enfer, paraît-il, mais qui le dit ?
Qui a vu le paradis, et qui  est revenu de l'enfer ? 

Soyons comme lui hédonistes et prudents et conscients, écoutons le conseil du sage Omar Khayyâm :

Si tu t'enivres, que l'ivresse te soit bonheur
Si tu étreins une femme, que cet amour te soit bonheur !
Toute chose de ce monde s'achève dans le néant :
Dis toi que tu es néant, et que vivre te soit bonheur. 

On aurait aimé, enfin, j'aurais aimé, que les docteurs de tous les cultes s'abreuvent à la sagesse d'Omar Khayyâm et nous disent, paraphrasant le titre de ce recueil, disponible chez Folio Sagesse Que lire te soit bonheur.  


La version audio utilise le merveilleux morceau Astrakhan Cafe d'Anouar Brahem. Et oui, il est tunisien, rien à voir avec l'Iran, mais je suis peu calé en musique Perse du 11ème siècle, bande de gros malins. Et oui, j'ai laissé des espaces dans le nom de fichier du mp3, je suis crevé.